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15 août 2005 - 21 août 2005

21 août 2005

Domaine Gérard et Bruno Schueller

Date: le 11/11/2004 à 16:34

Troisième étape du périple alsacien de LPV et retour à  la base, au domaine Gérard Schueller, à Husseren-les-Châteaux, au pays de l'Eichberg, du Pfersigberg et du Bildstoecklé. Les trois châteaux d'Husseren sont en fait au nombre de cinq, mais on ne les voit pas tous sur la photo!


Nous retrouvons Bruno dans la cave, au milieu d'un joli foutoir savamment organisé. Les 2004 chantonnent encore gaiement dans un coin mais nous attaquons d'emblée avec les 2003.

Pinot blanc 2003
Un vin sans soufre qui possède une rondeur et une vivacité plus que satisfaisantes pour le millésime.

Pinot blanc 2003 3KL
Issu d'une parcelle dénommée ainsi pour je ne sais plus quelle raison, il allie grande concentration et très belle acidité pour un 2003!

Riesling Pfersigberg 2003
Sans soufre, visiblement très mûr, il joue sur les agrumes et des notes très originales de banane séchée. Très bien pourvu en acidité.

Le verre est dans le fruit 2000
Minéral, bien typé riesling au nez, à  mon humble avis, il s'est néanmoins vu refuser l'agrément en Grand Cru Pfersigberg. J'avoue honteusement en avoir oublié la raison! Un vin pourtant bien vivant, un régal pour le palais!

Riesling 1983
Une bouteille des débuts de Bruno, qui nous démontre que le potentiel est là  depuis déjà  bien longtemps. Année très mûre, il y a même eu un départ de botrytis. C'est pourtant d'un vin très sec, minéral à  souhait, presque acéré, dont il s'agit. Très beau!

Riesling Eichberg VT 1996
96, une année à  acidité très haute, difficile. Cet Eichberg a pourtant été récolté très mûr, au niveau d'une vendange tardive, puisqu'il le revendique. Il est pourtant bien plus sec que nombre de vins secs, notamment en 2003. Un vin parfait pour la table, à  associer à  un beau sandre d'Alsace.

Zeroo Default 2000
Un Eichberg Grand Cru refusé à  l'agrément également. Son côté surmaturé sec, presque oxydatif, a dû surprendre. Pourtant, c'est très beau et cela ne masque aucunement la minéralité.

Riesling Pfersigberg 2001
Dans un registre également très mûr, riche et sec en même temps, grâce à  sa belle structure acide.

Riesling Bildstoecklé 2001
Le Bildstoecklé, une jolie croupe, légèrement arrondie qui a permis l'accumulation de 20 cm de terre légère sur un sous-sol calcaire.

De la maturité, évidemment, il y en a, sur les agrumes, mais un vin qui reste très sec tout en possédant une certaine rondeur.

Riesling Pfersigberg H 2001
Une parcelle spécifique dans le Pfersigberg. Puissant et riche, dans un registre oxydatif, miel, cire et encaustique, j'aime beaucoup.

Riesling Eichberg 2001
Il possède plus de rondeur que le Pfersigberg, du fait d'une perception plus importante du sucre résiduel. Ample et large.

Gewurtztraminer Bildstoecklé SGN 2000
Changement de style pour ce vin à  la robe jaune flashy et au nez confit et rôti, du botrytis à  l'état pur, où perce la minéralité de type mine de crayon. L'acidité est très élevée, impressionnante pour un Gewurtz, entretenant une fraîcheur extraordinaire. Un vin miraculeux, pour plein de raisons.

Pinot Gris SGN 1989
Une cuvée 200% de bois neuf, 2 fois 3 ans en fait, de façon un peu involontaire. Le résultat est surprenant! La bouteille a été ouverte la veille et le vin a un peu perdu de son peps, mais quelle richesse! La robe est ambrée, le nez d'abord pharmaceutique, sirop anti-tussif, part dans un registre très sec, moka, café, fruits secs, à  la manière d'un Château Chalon! Et c'est pourtant une sélection de grains nobles! Etonnant!

Riesling Bildstoecklé SGN 1990
Sans filtration et sans SO2 pendant l'élevage (juste à  la mise). Un vin d'une densité exceptionnelle, un régal pour les sens, une des plus grandes, si ce n'est LA plus grande bouteille du week-end.

On ne pouvait pas faire mieux que rester sur cette dernière bouteille! Des vins vivants, en liberté, et un domaine réellement attachant . Où l'on apprend que l'on peut récolter à  un très haut niveau de maturité et faire des vins totalement secs, même en VT. Le paradoxe alsacien poussé à  l'extrême, qui nécessite un apprentissage, mais qu'il est bon d'apprendre en telle compagnie!

Olif


En post-scriptum, les notes, plus succinctes, de la visite au domaine Jean-Paul Schmitt, le roi du Rittersberg, une vraie belle découverte d'un exceptionnel rapport Q/P:

Date: le 11/11/2004 à 21:04

L'accueil au domaine Jean-Paul Schmitt, très cosy, fut effectivement à la hauteur des vins. Le rapport Q/P est exemplaire, ce qui m'a permis d'étoffer ma cave en bons vins d'Alsace à  petits prix.

J'ai bien aimé le Riesling Rittersberg 1995, peut-être un peu court, mais à  parfaite maturité pour un vin d'expression simple et droite, donnant tout ce que l'on est en droit d'attendre d'un tel vin. Et 5,90€, c'est franchement donné! Le Riesling Rittersberg 2002, très mûr, mérite encore 3 ou 4 ans de cave pour glisser vers une minéralité plus affirmée, mais est très prometteur. Le Riesling Rittersberg Réserve Personnelle 2002 est effectivement un cran au-dessus: maturité supérieure et petits rendements ont apporté plus de sucre mais celui-ci est bien moins perçu du fait d'une minéralité et d'une acidité plus marquées. J'ai un peu moins accroché avec le Riesling Rittersberg VT 1998, mais je pense que la bouteille aurait mérité plus d'aération.

Très beau Pinot gris Rittersberg 2000, quasiment du niveau d'une VT, gras riche et puissant, et magnifique Pinot gris Rittersberg VT 1999, élaboré avec de "vrais" raisins pinots à  petits grains, plus passerillé que botrytis, qui m'a semblé plus équilibré. Un vin introverti pour Jean-Paul, mais il n'y a pas à  beaucoup le forcer pour qu'il se donne et fasse voler ses dentelles!

Le Gewurtztraminer Rittersberg Réserve Personnelle 2002 ne possède pas le côté parfois pommadé des GWZ, et son registre aromatique pourtant caractéristique (litchi, rose fanée) s'accomode bien de sa structure assez fine et élégante. Le Gewurtztraminer Rittersberg SGN 1997 m'a épaté par sa race, où le cépage s'efface pour laisser la place à une minéralité épicée et s'offre une petite incursion au royaume de l'oxydation ménagée. Et si le Gewurtztraminer Rittersberg VT 2002 ne s'en tire pas mal non plus, j'ai complètement craqué pour ce Pinot gris Rittersberg SGN 2001, qui s'est vu refuser une première fois l'agrément, injustice fort heureusement réparée, et dont la richesse et la puissance n'ont d'égales que son élégance. A la fois frais et citronné, gras et onctueux, il m'a rappelé les magnifiques cuvées de malvoisie flétrie du Valais, un style effectivement plus atypique de l'Alsace, mais qu'est-ce que c'est beau!

Une réelle vraie belle découverte que ce domaine, merci Vincent!

Olif

 

Domaine Albert Boxler, au royaume du Sommerberg!

Date: le 10/11/2004 à 22:50

Deuxième étape du week-end alsacien, une escale à  Niedermorschwir, au domaine Albert Boxler. Très gentiment reçus par Jean Boxler, malgré une arrivée un peu tardive, le repas de midi n'ayant été pris que vers 14 heures, nous commençons la découverte des vins du domaine par quelques jus de 2004, prélevés sur cuves. Un son et lumière de toute beauté, pour qui n'a jamais fréquenté une cave alsacienne en pleine fermentation alcoolique. Le vin en devenir chante littéralement, grâce à  des bondes à  eau qui respirent au rythme de la fermentation.



Ajouter à  cela la lumière bleutée des pièges à  drosophiles et les vapeurs enivrantes de CO2 qui s'échappent des cuves, tout est réuni pour se sentir sur un petit nuage!

Le vin bourru se porte déjà  bien, jouant sur des notes fermentaires, évidemment, de pomme, mais aussi de châtaigne, de marron chaud. Le sylvaner possède une acidité mordante, alors que les différents rieslings, n'ayant pas encore terminés leurs sucres, se laissent mieux approcher.

A l'étage, nous attend une dégustation des 2003, un millésime difficile par ici, le soleil ayant complètement cuit les raisins du Sommerberg!

Pinot blanc 2003
Issu d'un terrain granitique et assemblé avec de l'Auxerrois, il laisse percevoir une certaine minéralité au nez. La bouche joue sur le fruit, et trahit le déficit en acidité de l'année par son côté alangui, large mais mou. La finale possède un peu d'amertume.

Riesling 2003
Un peu plus séducteur, par son côté agrumes, fruits blancs, et une acidité un peu plus marquée.

Riesling Sommerberg Jeunes Vignes 2003
On progresse graduellement dans la minéralité. Acidulé, légèrement citronné, il associe à  la fois un peu de rondeur et une longueur tout à  fait satisfaisante.

Riesling Brand 2003
Beaucoup de fruit également, ce qui rend les vins peut-être un peu plus lourds qu'à  l'accoutumée, et des fleurs blanches. Rond et enveloppant, avec une petite sucrosité, il est aussi riche et chaleureux. Finale sur l'amertume.

Riesling Sommerberg Eckberg 2003
Une parcelle spécifique dans le Sommerberg qui possède, dans ce millésime, plus de minéralité mais aussi plus d'amertume en finale. Peut-être le plus incisif de tous.

Riesling Sommerberg VV 2003
Une maturité évidente qui associe acidité et minéralité (légèrement pétrolante), mais également un peu plus de sucre résiduel ressenti. Un poil de trop!

Après cet aperçu du millésime 2003, qui fait bien ressortir ses défauts, défauts que Jean Boxler ne cherche nullement à  nous cacher, nous remontons le temps, à  la découverte du visage véritable du Sommerberg.

Riesling VV Sommerberg 2002 E
Aiguisé et incisif, mais néanmoins  très mûr, il joue de sa minéralité sur le fil et ne se prive pas mordre à  nouveau un peu en finale. Un pur!

Riesling VV Sommerberg 2002
Par rapport au précédent, il a perdu le E. Et présente certainement un peu plus de résiduel même si au final il est moins perçu, du fait d'une structure acide encore plus marquée, mais peut-être mieux enveloppée. Très beau!

Riesling VV Sommerberg 1998
D'abord sur des notes de moka et d'agrumes, il évolue sur un registre terpénique et minéral (je n'ose plus dire pétrolant!). Bien construit, riche, il termine sur la minéralité.

Riesling VV Sommerberg 1993
La race d'un vin qui est en pleine phase de maturité. Encore du fruit, mais plus de minéralité, qui préserve le côté vif et incisif. Grande longueur. Le charme et l'élégance!

Pinot gris Sommerberg 2002
Issu de jeunes vignes (3ème feuille), il possède déjà  les caractéristiques de son terroir. Rond, gras et riche, il exprime un beau fruit sachant rester frais malgré les quelques grammes de résiduel.

Pinot gris Brand 2002
Une probable petite note fugace de réduction ne vient pas masquer longtemps la minéralité terpénique de ce beau vin puissant, ample et large, qui s'étire longtemps jusque dans une finale qui voit poindre un chouïa d'acidité.

Pinot gris Brand VT 1999
Un magnifique équilibre demi-sec, à  la longueur phénoménale et à  la fraîcheur mentholée bienvenue. Une très belle bouteille!

Beaucoup d'enseignements à  tirer de cette dégustation en compagnie de Jean Boxler. D'abord, qu'un millésime moins bien réussi par la faute de Dame Nature ne doit pas remettre en cause la qualité d'un domaine, car la volonté de bien faire ne suffit pas toujours, ce qui semble une évidence. Que les grands terroirs nécessitent du temps pour se révéler à  leur optimum (Ah! Le 98 et le 93!). Et que le classicisme alsacien bien intégré produit de grandes choses!

En complément, une note de dégustation sur le Pinot blanc B 2002, en provenance du Brand, que j'ai acheté les yeux fermés sur les conseils de Vincent. Très expressif, sur les fleurs blanches, l'ortie, l'attaque est franche, large, puis révèle toute sa richesse, sans jamais sombrer dans la lourdeur tant le support acide se tient bien. Son caractère tranchant ressort admirablement dans une finale de toute beauté.

Olif

Domaine Marcel Deiss: vins fins de propre récolte

Date: le 10/11/2004 à 13:12



Un domaine qu'on ne présente plus, le lieu de rendez-vous matinal de la rencontre internationale organisée par Vincent, là  où les forces vives belgo-jurassiennes ont rejoint les troupes helvético-belgo-parisiennes aux traits tirés, et qui ont eu du mal à  respecter l'horaire convenu.
On attaque néanmoins les hostilités par le premier vin à  la carte, avec pour objectif l'intégrale (ou presque), même si le temps qui nous est imparti est légèrement restreint!

Burlenberg 1999
Deuxième rencontre avec ce vin en peu de temps, et pas tout à  fait la même impression, probablement parce que la bouteille est ouverte depuis plus longtemps. Plus fondu et ouvert, fruité, floral, avec une petite touche chocolatée, les tanins me semblent relativement souples. Plutôt très plaisant!

Pinot blanc Bergheim 2002
Après un premier nez sur les agrumes, on se retrouve au tableau noir, dans de la poussière de craie, qui accentue la mollesse, sensation procurée par son côté très mûr. Un équilibre précaire, pour ne pas dire incertain!

Riesling Saint-Hippolyte 2002
Un riesling d'entrée de gamme qui place déjà  la barre bien haut! Minéral, avec une sensation légèrement pétrolée, mais interprétée diversement. J'aime son caractère tranchant, incisif, acéré, citronné, ou perce néanmoins la minéralité. D'ailleurs, j'en ai acheté quelques bouteilles.

Muscat 2003
Reflet de ce millésime 2003, son côté muscaté, raisin croquant, est submergé par une sensation de douceur et de sucrosité qui ne lui sied qu'à  moitié. Un peu mou, limite alangui, il a tendance à  s'étioler au fur et à  mesure de la dégustation.

Pinot gris Bergheim 2000
Un client un peu plus sérieux, pas le même millésime non plus! Très mûr et jouant même dans un registre oxydatif, avec ses notes d'agrumes confits, de miel et d'encaustique. La robe est dorée, presque ambrée, le nez puissant, et la belle acidité contribue à  allonger le vin en masquant et équilibrant le sucre résiduel bel et bien présent. Très beau!

Gewurtztraminer 2001
Aromatique typique et assez relevée de gewurtz, sur le litchi et la pétale de rose, pas trop pommadé néanmoins, car la structure suit! Un équilibre très satisfaisant!

Riesling Altenberg de Bergheim 1999
Une grande bouteille, complexe, élégante et raffinée. Mature, avec ses notes de fruits mûrs, se canalisant vers l'ananas en finale, et minérale, avec sa touche légèrement pétrolée, dans le sens noble du terme, il se prolonge interminablement. Beau vin!

Gewurtztraminer Altenberg de Bergheim 1998
Second moment d'émerveillement que ce Gewurtz au nez intense, confit, miellé, jouant sur l'oxydation. Cela ne sent pas le cépage, en fait! Les épices et la tarte tatin caramélisée, sans Chantilly toutefois, viennent finir de compléter le tableau. Un vin de gourmand, en fin de compte! Magnifique!

Engelgarten 2000
Et c'est reparti pour une petite dégustation des vins de terroir, tout juste un mois après la précédente! Très citronné, vif, minéral, légèrement pétrolant, c'est très certainement le plus sec de tous.

Rotenberg 2001
Nez très fin ,citronné légèrement, minéral, évoluant sur les agrumes confits en milieu de bouche, pour mieux asseoir sa richesse, puis retour sur une finale citronnée, acidulée. Beaucoup de classe!

Grasberg 2001
Très mûr, agrumes, caramel, tarte tatin, mais de l'acidité et de la vivacité à  revendre.

Burg 2000
Une minéralité très fine qui s'affirme en bouche, avec une fraîcheur préservée par un petit côté acidulé. Follement élégant!

Gruenspiel 2000
Un vin ample et rond, qui manque peut-être un peu de tranchant. Côté oxydatif prédominant qui se retrouve dans une large finale.

Schoenenbourg 2001
Non prévu d'une manière générale à  la dégustation, il y a justement une bouteille ouverte! Un vin superlatif qui commence par de la retenue. Et puis une grande maturité, une grande minéralité, une grande longueur,…. Je craque!

Altenberg 2001
Issu des vignes en complantation, il séduit par son caractère très mûr et son équilibre plutôt demi-sec. Une petite goutte de pétrole, également! Pas autant de séduction folle que le Schoenenbourg, pourtant!

Une dégustation tout à  fait conforme à  mes attentes, mais qui a été diversement appréciée pourtant. Un classicisme débridé, qui met parfaitement en valeur les différents terroirs, et un vigneron en quête d'harmonie. Harmonie entre les cépages et le terroir, entre lui-même et ses vins, avec le millésime en filigrane. Pour ma part, je suis largement convaincu, même si les autres facettes de l'Alsace, que nous découvrirons plus tard, sont tout aussi intéressantes, voire plus.

Olif

L'Alsace des Terroirs, selon Deiss

Date: le 13/10/2004 à 19:50

Ici, on ne parle pas cépage, mais Terroir! Avec un T majuscule! Toute cette magnifique série provient de vignes en complantation, sans mention des cépages sur l'étiquette, évoqués de façon facultative sur la contre. Et on commence par un rouge, histoire de mieux goûter les blancs qui vont suivre!


Burlenberg VV 1999
La robe est bien sombre pour un vin de pinot noir (mais pas exclusivement!), probablement marquée par la lave fossilisée qui doit constituer ce terroir d'origine volcanique!
Le nez est finement grillé, boisé, avec une note de fumée. L'acidité ressort d'abord, puis s'estompe et s'harmonise au fur et à mesure de l'aération, laissant mieux percevoir des notes fruitées.
En bouche, les tanins sont stricts, un peu acides, limite astringents en finale, avec une pointe d'amertume.
Une matière d'une grande qualité, probablement marquée par son terroir (le côté fumé?) mais pas d'une grande séduction actuellement. Peut-être un peu trop sévère à mon goût à ce stade, du fait de l'acidité finale marquée! Et pourtant, je suis habitué aux Pinots bourguignons!

Engelgarten 2000
Issu d'un terroir graveleux, il offre un nez très mûr, sur les agrumes, mais exprime déjà bien sa minéralité dans des notes de silex. En bouche, une sensation pétrolifère me semble évidente mais est interprétée diversement. La petite perception de résiduel vient atténuer la dureté minérale, mais le vin reste tendu, le plus sec de toute la série qui va suivre.

Rotenberg 2000
Ici, le terroir est calcaire. La robe est d'un beau jaune soutenu, brillante. Le premier nez est peu expressif, puis s'ouvre sur les fruits exotiques, le citron, pour donner une sensation de grande maturité, de vin solaire.
Le sucre résiduel est bien marqué, atténuant la perception minérale crayeuse, et s'apparentant à un équilibre demi-sec. Moins tendu qu' Engelgarten, plus mou peut-être, il est aussi moins convaincant.

Grasberg 2000
Un terroir calcaire pauvre au sommet de l'Altenberg, pour un vin également au sommet!
Agrumes, épices et minéralité se partagent la vedette, associant rondeur et nervosité pour terminer sur de beaux amers. Une structure magnifiée et soulignée par une petite pointe de résiduel.

Burg 2000
Sa situation en fond de vallée, sur un terroir marneux, en exposition Sud, apporte des notes iodées dans une forme de minéralité adoucie. Une bouche d'une définition exemplaire, précise, qui laisse percer la minéralité sous une enveloppe caressante et riche, presque beurrée. Une pureté éclatante et une grande séduction.

Gruenspiel 2000
Un terroir en damier, comme son nom l'indique, sauf pour ceux qui ne maîtrisent pas la langue alsacienne. Une mosaïque de sols gréseux, granitiques, gneissiques, sur une matrice de marnes du Keuper.
La robe est soutenue, dorée, le nez très mûr, sur les fruits exotiques, les agrumes, presque confit, avec des notes caramélisées de tarte tatin. L'attaque est franche, laisse percevoir la minéralité et la bouche fait preuve d'une grande profondeur et d'une densité exceptionnelle. Magnifique!


Mambourg 2000
On attaque avec celui-ci la série des Grands Crus, sur des terroirs d'exception. Sa robe est dorée, son nez très mûr, surmaturé même, avec des notes d'agrumes, de miel, de pomme, à la fois encore un peu fermentaire et oxydatif. Sa grande richesse, sa grande longueur, sa forte personnalité achèvent de me séduire. Superbe!

Altenberg de Bergheim 2000
Sous une robe également dorée, il joue plus sur la minéralité malgré un sucre résiduel plus important que Mambourg. Grande longueur, évidemment, et un côté un peu piquant en finale, probablement dû à une petite présence de gaz(?), avant que ne réapparaisse la minéralité.

Schoenenbourg 2000
La quintessence! Un équilibre quasi-parfait, plutôt demi-sec, voire presque liquoreux. La minéralité est marquée, légèrement pétrolante, mais pas d'origine variétale. La longueur est immense, tout comme la persistance. Un monument!

Exceptionnelle dégustation, d'une rare homogénéité qualitative, et une approche fascinante des grands terroirs alsaciens! S'il fallait ne retenir qu'un seul vin, je ne suis pas sûr d'être en mesure de choisir. Peut-être Mambourg ... ou alors Schoenenbourg ... à moins que l'Altenberg ... sinon à défaut Gruenspiel... quoique Burg ... mais aussi Grasberg ...et Engelgarten ... sans oublier Rotenberg (un cran en dessous?) ... et Burlenberg (mais c'est un rouge!).

Ah! L' Alsace des Terroirs!

Olif



Diverses bouteilles belges!

Date: le 13/10/2004 à 21:42

Belges par leurs propriétaires, mais françaises par leurs origines. Elles ont pourtant bel et bien été bues en Belgique au cours d'un week-end mémorable (une verticale de Beaucastel d'anthologie!), mais ne méritent pas d'être complètement éclipsées.

Grange des Pères blanc 2000, Vin de Pays de l'Hérault
Dégusté « à froid », après une longue route, sans être encore en condition, ce vin m'a pourtant séduit par son côté incisif et son élégance. Le même, version 2001, avait été carafé du fait de la présence de gaz et se montrait sous un jour oxydatif, beaucoup plus fermentaire, ce qui n'était pas non plus pour me déplaire. Une bouteille à défaut (et pas défectueuse!), mais j'aime les vins à défaut (et pas défectueux!)!

Charmes-Chambertin 1999, Philippe Charlopin
A l'aveugle, sa robe sombre et son premier nez m'entraîneraient presque vers le Roussillon, du fait d'un côté très mûr, presque solaire. Du bois, très fin et grillé, il y en a aussi, puis le pinot noir se révèle enfin, avec ses notes fruitées denses, un peu terreuses.
La structure est imposante, volumineuse, à la trame encore un peu serrée mais non dénuée de charme, qui devrait avoir beaucoup de choses à raconter dans les prochaines années.
Probablement plus Charlopin que Charmes-Chambertin, mais c'est très bon et très bien fait!

Château Rieussec 1983
A l'aveugle également. Sa magnifique robe ambrée, presque cuivrée, encore pourvue d'une belle brillance, et ce nez botritysé, avec un rôti caractéristique, nous emmènent d'emblée à Sauternes. La bouche possède un petit côté rancio, fruits secs, qui se développe et ajoute à la grâce de l'instant. Plus moelleux que liquoreux, un tel vin incite à laisser vieillir patiemment ses Sauternes. En cave, parce que la même bouteille, le lendemain, était usée prématurément, supportant mal une aération prolongée.

Côtes du Jura 1999, Savagnin, Luc et Sylvie Boilley
Nez sur les agrumes, la pomme verte, le calva. La première gorgée, le palais encore parasité par un morceau de gingembre confit, servi sur une brochette de Comté à l'apéritif (le sacrilège!), fait douter sur d'éventuelles notes liégeuses, qui ne se confirment pas une fois les papilles de nouveau calibrées, et après avis du sommelier, qui le trouve « Comme d'habitude! ». Craignant qu'il soit too much pour nous (« Vous savez, le Savagnin est un cépage particulier! »), il nous propose d'ouvrir à la place un Chardonnay. Que nenni! Nous connaissons et aimons le Savagnin!
Le caractère oxydatif de cette cuvée s'affirme au fur et à mesure de l'aération, pour réaliser un accord plutôt réussi avec des Saint-Jacques rôties au Noilly-Prat. Je reconnais qu'il y a là tout de même de quoi dérouter l'amateur non averti, la grimace de mes voisins de table ne m'ayant pas échappé!smiling smiley

Domaine Santa Duc 2001, Gigondas
Le nez de fruits rouges très mûrs évolue par la suite vers des nuances animales, plutôt fourrure. Beaucoup de classe dans la persistance des arômes, ainsi que dans la structure en bouche. Très beau vin, idéal avec le gibier.

Après tout!!! 2000, François Villard
Une curiosité rhodanienne, un moût de raisins partiellement fermentés, récolté en décembre 2000 (marsanne, viognier, syrah). Symphonie d'automne finissant, avec des fruits secs, des épices, de l'abricot sec et encore des figues séchées. Un équilibre presque aérien, malgré les 13° d'alcool et les 140 grammes de résiduel, tout en finesse, avec une finale bien enveloppée, fraîche et vivace. Tellement bon qu'on dirait un vin de Paille jurassien!smiling smiley

Olif

Ah! Quel Beau Castel!

Date: le 11/10/2004 à 19:58

...ou A la recherche de l'équilibre méridional ...!

Rarement un domaine n'aura porté aussi bien son nom! Réunis par la passion du vin (et par La Passion du Vin), 16 millésimes du Château Beaucastel en rouge, complétés de 4 millésimes de la cuvée Vieilles Vignes en blanc, (ainsi qu'un pirate, pour que le compte soit bon!), se sont alignés sur la table de l'Ecole d'Hôtellerie de Florennes, en Wallonie. Au pays de la bière, au cÅ“ur d'une région très « wallonnée », dont les courbes joliment arrondies répondent à celles des autochtones du beau sexe, aussi délicatement rebondies. Fin de l'aparté poétique!

Les Blancs


On commence par les blancs, servis dans un ordre de millésime décroissant, et augmentés d'un intrus à l'aveugle. Les robes sont similaires dans les teintes, plus soutenues en 1997 et 1999, presque ambrées, hormis celle du dernier verre, immédiatement identifié comme étant l'intrus, beaucoup plus claire, jaune pâle.

Château Beaucastel 2000 Vieilles Vignes
Le nez est miellé, sur des notes un peu fermentaires de coing, de pomme cuite. La texture est onctueuse, élégante, grasse, limite huileuse, affichant une belle longueur. Son immédiateté le rend très aimable et plaisant.

Noté: le plus séducteur!

Château Beaucastel 1999 Vieilles Vignes
De prime un peu moins ouvert, il ne se dévoile qu'à l'aération pour s'imposer comme le plus dense et le plus profond. Moins gras que le précédent, il possède en contrepartie un meilleur équilibre du fait d'une tension beaucoup plus ferme.

Noté:le plus profond!

Château Beaucastel 1998 Vieilles Vignes
Visiblement en provenance de Liège, dont il a rapporté le célèbre goût, il aurait eu pour lui une structure plus que bien bâtie. Le bouchon l'emporte néanmoins sur la pomme! Dommage!

Noté:vrouklets! (le plus bouchonné en franco-provençal des Fourgs!)

Château Beaucastel 1997 Vieilles Vignes
Miel et amande, sur fond de tarte tatin, s'affichent dans un style légèrement oxydatif, portés très loin et pendant longtemps par une acidité marquée. Un peu strict dans son expression pour l'instant, c'est un style que j'aime beaucoup et qui devrait à mon avis acquérir de la grandeur au vieillissement.

Noté: le plus oxydatif!

Château Rayas 2000
Est-ce la différence de couleur qui joue en sa défaveur? Mais à l'image de sa robe un peu pâle, il fait pâle figure derrière Beaucastel, manquant de chair, maigrelet, presque aqueux et dilué. Décevant!

Noté : le moins Beaucastel!

Fin de la série des blancs avec une plutôt très bonne impression sur cette cuvée Vieilles Vignes, malgré la bouteille bouchonnée, et le sentiment d'avoir dégusté un vin dense et profond, riche et élégant, taillé pour affronter les meilleurs plats en cuisine.

Les rouges:


Les vins sont servis par série de 5, par ordre de millésime décroissant, hormis le 1969 qui est dégusté seul, en dernière position.

Château Beaucastel 2001
Une bombe de fruits noirs qui pète au nez, accompagnée de réglisse et de goudron, avec des plumes aussi, ce qui rend les tanins soyeux et patinés, dans un style résolument sudiste, rétrospectivement différent de celui des vins qui vont suivre.

Noté:le plus éclatant!

Château Beaucastel 2000
Un nez riche et complexe, fruité, floral, légèrement viandé, épicé (cannelle), d'une élégance folle. Tout en finesse, il ne roule pas les mécaniques, s'imposant en douceur et dans la durée.

Noté: le plus élégant et racé!

Château Beaucastel 1999
Une matière dense, fermée et austère, avec des tanins encore ardus. Je ne l'ai pas bien goûté ce soir-là , tout en lui reconnaissant un grand potentiel. Il mérite d'être revu dans quelques années. Il n'y a pas urgence!

Noté:Noté: le plus sévère!

Château Beaucastel 1998
Attention, bouteille à controverse! Pour moi, il n'y a aucun doute, elle est bouchonnée! Révélant une usure prématurée par déséquilibre et défaut de structure, pourtant imposante, il est clair qu'il s'agit d'un problème de bouteille. Pas évident pour tous, le débat contradictoire est ouvert!

Noté: 98, blanc et rouge, même combat!

Château Beaucastel 1997
De la série, c'est le seul dont la robe commence à briquer légèrement. C'est également le seul à jouer dans le registre animal, pas trop prononcé, accompagnant un fruité bien présent encore, griotte et pruneau. Il commence à être bien fondu et se boit avec délectation.

Noté: le plus miaou!

Château Beaucastel 1996
Un bien joli nez que ce 96 (prononcer nonante-six!)! Pruneau, griotte, un peu chocolaté, il donne de belles raisons d'espérer. Las! La bouche est loin d'être à la hauteur! Malgré la vigueur de l'alcool, l'acidité l'emporte pour créer dissociation et déséquilibre dans la finale. C'est bien dommage!

Noté:le plus dissocié!

Château Beaucastel 1995
D'abord fermé, le nez s'ouvre sur des notes de café, de griotte et de pruneau. La structure est dense et serrée, délivrant avec parcimonie des notes de pruneau, et semble prometteuse. Un vin qui nécessite encore du temps.

Noté: le plus fermé?

Château Beaucastel 1994
Un vin à  maturité, tertiaire mais encore fruité, fondu, aux tanins souples et agréables, procurant un réel plaisir.

Noté: le plus inattendu!

Château Beaucastel 1993
Dans le même registre que le 1994, mais relativement plus souple, un peu moins charmeur, à la structure légèrement déliquescente en finale.

Noté: le plus à  boire!

Château Beaucastel 1990
Le nez est déjà évocateur! Nous avons là une des grandes bouteilles de la soirée. Très complexe et riche, il respire l'harmonie. Cuir, musc, pruneau, chocolat, Dermaplast (un genre de pansement helvétique!). Une véritable symphonie d'arômes qui accompagne merveilleusement une structure sans faille!

Noté: le plus épanoui!

Château Beaucastel 1989
Avec cette troisième série qui débute, on arrive de plein pied dans des vins ayant atteint leur phase de maturité et qui doivent démontrer leur aptitude au vieillissement. Les robes sont encore toutes bien soutenues, comme celle de ce 89, qui ne fait pas son âge. Il peine plus à se dévoiler que le 90 bu juste avant. Dans un registre empyreumatique (cacao), il possède des tanins encore un peu serrés au sein d'une matière imposante. Il est loin d'avoir dit son dernier mot!

Noté:le plus dense?

Château Beaucastel 1988
Le registre commence à devenir classique: cacao, cuir, griottes. Sa solide carapace commence à s'effriter pour le rendre accessible. Il parvient en plus à garder de la fraîcheur grâce à une grande et belle acidité bien intégrée.

Noté:le plus frissonnant?

Château Beaucastel 1985
Derrière le 88, il apparaît comme beaucoup plus évolué, développant des notes tertiaires de musc, de pansement, de pruneau. Il tient encore bien le choc même si ce n'est plus sur lui qu'il faut compter pour une grande garde.

Noté: le plus tertiaire!

Château Beaucastel 1983
Le retour de la bête! Très fondu également, il joue dans un registre plus animal que le précédent. Souple et harmonieux! C'est également lui qui possède la robe la plus évoluée de la série.

Noté: il en reste encore beaucoup à déguster?

Château Beaucastel 1981
La robe est toujours très sombre. Ce vin ne fait décidément pas son âge! Empyreumatique dans son aromatique, il possède toujours beaucoup d'allant, sans creux ni faiblesse, et en remontrerait à bien des petits jeunes.

Noté: le plus jeune des anciens?

Château Beaucastel 1969
Le petit dernier pour la route! A donner le tournis! La robe est tuilée mais encore soutenue et homogène. Encore beaucoup de vigueur, avec des arômes de cacao, de malt, de cognac, témoignant de sa puissance alcooleuse qui tient encore magnifiquement la distance. Déclinant pour certains, je pense que sa grande longueur est là pour démontrer le contraire. Il a logiquement perdu de sa rondeur fruitée mais il nous mène encore bien loin.

Noté: le plus érotique!

Après un tel monument à la gloire du plus bel âge, il est temps de reposer les papilles. S'il fallait faire un quinté de l'émotion et du plaisir procuré, ce serait 1969, 1989, 1990, 1988, 2000, 1981, 1997 et 2001. Cela fait beaucoup pour un quinté, même +, mais cela permet de souligner la régularité et l'homogénéité des vins produits par Beaucastel. Mis à part le 1998, à regoûter, et le 1996, souffrant de la faiblesse du millésime, tous les vins sont d'un très haut niveau qualitatif, faisant de cette superbe verticale un moment d'exception. On peut également relever de façon presque curieuse et paradoxale, puisque contraire à sa réputation, que très peu de vins s'exprimaient sur un mode animal. Je l'ai presque regretté!

Beaucastel? Un monument de finesse dans un monde viril!

Olif



Aberlour, « La bouche du ruisseau qui murmure »

Date: le 25/09/2004 à 16:36

Petit intermède écossais en cette période de vendanges débutantes, la rencontre de L.A.C.A.V.E. avec deux représentants de la maison Pernod, venus nous inculquer quelques notions sur cette distillerie du Speyside appartenant à leur groupe, réunion suivie d'une fort intéressante dégustation des fleurons de la maison, augmentés de quelques intrus, puis d'un excellent repas concocté par notre alchimiste favori, Pierre-Yvan Boos, du restaurant L'Alchimie à  Pontarlier.

Située dans la vallée de la Spey, au pied du Mont Ben Rinnes, la distillerie d'Aberlour fut fondée en 1879 par James Fleming, qui réussit d'emblée à la placer dans le peloton de tête des distilleries, en hommes d'affaires avisé qu'il était. Après plus d'un siècle d'évolution et de changements, Aberlour jouit toujours d'une aussi bonne réputation et produit un certain nombre de malts parmi le haut du panier. Son nom dérive du gaélique « Lour », qui signifie « ruisseau bavard, qui murmure », en raison du caractère tourbillonnant et bouillonnant de ses eaux, qui dévalent le Mont Ben Rinnes de cascades en cascades avant de rejoindre la rivière Spey à l'aber-lour, la « bouche du ruisseau qui murmure ».

Il est long le chemin qui sépare ce « New Spirit » incolore, un alcool brut d'alambic issu de la distillation de l'orge fermentée, du Single embouteillé! Il faut pour cela passer par deux autres étapes, l'une correspondant à de l'Aberlour de 10 ans élevé en fût de Bourbon, à la couleur paille très claire, l'autre au même orge fermenté élevé 10 ans en fût de Sherry, et qui présente alors une robe un peu plus ambrée, les deux produits seront alors assemblés 50/50 pour produire la version que nous connaissons en bouteille. Instructif de humer la différence entre les trois échantillons!


Après ces quelques notions théoriques émaillées d'exemples concrets, place à  la pratique, la dégustation proprement dite:

Aberlour 10 ans
Robe paille, à peine ambrée, la résultante d'un assemblage de 50% de fûts de Sherry et autant de fûts de Bourbon. Le premier nez est typique de cette version, paraît-il, très caramel au lait. Le deuxième nez, après adjonction d'une goutte d'eau, laisse apparaître la complexité, avec une sensation très fruitée qui souligne des notes boisées. L'attaque est ronde et suave, la finale miellée et poivrée. Un Single harmonieux, qui monte en puissance progressivement, d'un excellent rapport Q/P.

Glenfiddish 12 ans d'âge
Un premier intrus, dégusté dans un but comparatif. Le premier nez est un peu piquant, sur le feu de l'alcool, mais avec une petite touche mentholée qui permet de maintenir un certain degré de fraîcheur. Le deuxième nez, après ajout d'une goutte d'eau, voit le feu s'assagir une peu. L'attaque en bouche reste chaude, un peu acide, avec révélation d'un peu d'amertume en finale, limite sensation d'astringence.

The Balvenie Doublewood, 12 ans d'âge
Un Single élevé 10 ans dans des fûts de Bourbon puis 2 ans dans des fûts de Sherry. Le premier nez est fumé, un peu tourbé, miellé, malté, assez puissant en fait, riche et complexe, avec apparition dans un deuxième temps de notes de suie. Après adjonction d'eau, les arômes évoluent vers des notes de fruits secs, de miel, de vanille. D'une grande douceur en bouche, rond et enveloppé, c'est un Single « coup de poing » car il ne possède pas une grande longueur. Il s'exprime dans l'urgence, surtout en attaque, mais je dois reconnaître que j'aime beaucoup.

Aberlour 15 ans, Cuvée Marie d'Ecosse
Une bouteille réservée au marché français, pour cause d'homogénéité de gamme (impossible de préserver une telle qualité si les volumes devaient être plus importants). Merci Pernod!
Les meilleurs fûts d'Aberlour 10 ans vont donc vieillir 5 ans de plus pour produire cette cuvée (80% de fûts de Sherry, 20% de fûts de Bourbon).
Un premier nez très Sherry, justement, sur le kirsch et la cerise à l'eau de vie (un peu pareil, me direz-vous!), puis le deuxième nez délivre des notes plus fruitées, vanillées, avec un peu de miel et surtout une touche de cuir! Comme un cartable neuf à la rentrée! Rond et ample en bouche, la finale est plutôt longue et épicée, évoquant le gingembre. Encore une fois un très beau Malt, riche et complexe.

Aberlour A'bunadh
Prononcer [A bounache], c'est du gaélique! Un Single brut de fût, non réduit, qui titre 59,8°. Un Single sans âge, mais d'une moyenne de 17 ans, car issu d'un assemblage entre un 22 ans et un 25 ans, complété par un fût de 7 ans dans le but de rehausser le niveau alcoolique. Fort joli flacon, d'ailleurs, de type pharmaceutique, pour rappeler les us et coutumes du début du siècle où les habitants du village d'Aberlour passaient à la pharmacie récupérer un flacon médicinal vide pour aller le remplir directement au fût à la distillerie sise juste en face.
Le premier nez exprime à merveille tout le classicisme et la richesse de ce Single: Toffee, Sherry et vanille! En bouche, c'est gras et huileux, caressant, avec des arômes complexes de cuir, de chocolat, de vanille bourbon, un peu à la manière d'un vieux Rhum, de fruits secs, un peu à la manière d'un vieux Tokaji. Aucune agressivité malgré la puissance de l'alcool, mais une grande maîtrise de bout en bout. Un Single riche, ample, puissant et complexe, la synthèse de tout ce qu'on peut espérer trouver dans un alcool de ce type. Magnifique! A réserver évidemment à l'après dîner.

Olif, pour L.A.C.A.V.E.

Land of Scotland par L.A.C.A.V.E.

Date: le 28/06/2004 à 22:59

La dégustation estivale de L.A.C.A.V.E., le club de Whisky de Pontarlier, centrée sur cette gamme de Single Malts produite par Signatory, devait se dérouler en plein air, autour d'un grand feu, pour saluer l'arrivée de l'été, Pierre-Yvan Boos, du restaurant L'Alchimie à  Pontarlier, se chargeant de nous concocter quelques grillades pour prolonger la soirée! Les mauvaises langues disent que dans le Haut-Doubs, les deux mois les plus froids de l'année sont juillet et août car ce sont ceux où on arrête le chauffage! Cette fin juin 2004 n'a pas réussi à  faire mentir le dicton. Il fallait être vraiment motivé pour pique-niquer en soirée à 1100 mètres d'altitude! C'est donc dans les locaux de l'Alchimiste que la séance s'est déroulée, comme de coutume.

Land of Scotland, des single malts censés être représentatifs des différentes régions écossaises. Vieillis en fûts de chêne neufs et ayant subi chacun 3 distillations successives, ils ont pour caractéristiques de tous présenter une robe très pâle.

Petite mise en bouche avec un blend pour commencer.

Benveg, 40°
Couleur ambrée. Un whisky de grain avec une touche réglissée au nez. Très fruité en attaque, il termine sur une finale un peu brûlante. Bien fait, plutôt plaisant, c'est un bon whisky d'apéritif.

Western Isles 1993
Nez sur la farine de froment. L'attaque est franche, nette, limite agressive car l'alcool prédomine, mais ensuite la structure se canalise, se calibre, l'alcool se fond progressivement dans la bouche pour finir sur des notes de rhubarbe. Très longue persistance et grande élégance pour un malt à  forte personnalité.

Speyside 1994
Produit de d'une seule distillerie, Drumdich, qui a refait surface en 1993. Nez farineux assez agréable. Un malt rond et fruité, presque gouleyant en entrée de bouche, pas très complexe mais qui donne l'impression de vouloir glisser tout seul. L'alcool est pourtant bien là , mais la finale n'est pas chaude, la bouche restant bien fraîche.

Orkney 1996
Un nez plutôt discret, mais il possède de la rondeur en bouche. Cependant, la finale est un peu sévère et alcooleuse, légèrement tourbée et iodée, limite pharmaceutique. Bof!

Islay 1998
Un malt qui provient en grande partie de Balblair. Nez tourbé et iodé assez classique pour un Islay. Souplesse en attaque, manque d'ampleur en milieu de bouche, finale brûlante, un Single qui ne me convainc pas totalement, même s'il n'est pas franchement désagréable.

5 malts pour une séance, c'est déjà  pas mal ! Des Single Malts très abordables et dont il faut souligner l'exceptionnel rapport Q/P, un bon apprentissage pour le néophyte que je suis. Place au pique-nique, installés confortablement et au chaud. Un casse-croûte amélioré à  ce point, c'est du bonheur! Mention spéciale pour le dessert, une variation autour du whisky, avec une glace au goût de fumé, une mousse de Whisky, et un mini Irish Coffee. Compliments au chef!

Olif et L.A.C.AV.E.



Les Gars du GJP font Les Baux...

Date: le 29/09/2004 à 23:03

...et les filles du GJP sont belles!

Les Baux de Provence! Un haut-lieu touristique et pittoresque, au coeur des Alpilles, ce massif rocheux qui fleure bon la Provence, les cigales et les oliviers. Une appellation également, née en 1995, après scission d'avec les Coteaux d'Aix, qui se caractérise par un climat plus chaud et ensoleillé, donc souvent plus précoce, avec une exposition nord-sud et des vignes, balayées par le mistral, sur des sols calcaires. L'encépagement est souvent restreint au tandem grenache-syrah, éventuellement complété par du mourvèdre et du Cabernet Sauvignon, minoritaire, ce qui a conduit le plus célèbre domaine du secteur, le domaine de Trévallon, à se ranger au sein des Vins de Pays des Bouches du Rhône. Les rendements sont bas, rarement au-delà de 30 hl/ha, souvent moins. Des vins supposés exprimer au mieux leur terroir minéral, et ce d'autant qu'un certain nombre de domaines se sont convertis à la biodynamie.
332 ha répartis sur 13 domaines qui revendiquent l'appellation, Trévallon exclu, donc.

Cette dégustation s'est déroulée chez le Seb, qui a pris en charge la partie logistique. 3 blancs et 7 rouges, dégustés à l'aveugle au décours d'un petit repas de fort belle facture: amuse-bouches puis carpaccio de saumon avec les blancs, côte de boeuf grillée avec les rouges. L'ordre de service des rouges s'est effectué de façon aléatoire, après carafage d'une demi-heure, sauf pour Trévallon, carafé 3 heures au préalable.


Les Blancs:

Mas de la dame 2001, Coteaux d'Aix en Provence
Robe claire, nez plutôt floral, un peu miellé, avec un côté minéral déjà marqué, pour tout dire très agréable. La bouche n'est pas tout à fait à hauteur du nez, un peu molle, malgré des notes minérales marquées à la limite du pétrole. Décapant! Pas désagréable, si ce n'est son caractère alangui qui aurait peut-être été atténué par une température de service plus fraîche.

Noté: Tintin au Pays de l'Or Noir!

Domaine Hauvette 2002, Vin de Pays des Bouches du Rhône
Robe claire, brillante, nez raffiné sur le fleurs blanches. La bouche se révèle également un peu molle, mais il possède beaucoup de profondeur. On pourrait lui préférer plus de vivacité mais c'est un vin très séduisant, qui s'épanouirait probablement plus sur un poisson en sauce qu'un carpaccio de saumon appelant plus de minéralité.

Noté: un Vin de Pays des Fines Bouches (du Rhône)!

Mas Sainte-Berthe 2001, Vin de Pays des Bouches du Rhône
La robe est franchement trouble, homogène. Le nez, un peu piquant, sur la pomme verte et les fruits blancs. En bouche, un très léger perlant vient rehausser le vin, lui apportant du nerf et de la vivacité. Un assemblage original, 70% roussanne, 30% grenache, qui a tout pour plaire.

Noté: Personne n'a vu mes lunettes?

Les Rouges:

Domaine Hauvette 1995, Les Baux de Provence
Le premier millésime de l'appellation, une bouteille anniversaire offerte par le caviste de Rev', Pierre Muller, sans certitude sur son évolution. La robe est justement évoluée, un peu tuilée. Le nez développe de fines notes empyreumatiques de cacao sur un fruit encore bien présent. Les tanins sont légèrement asséchants en finale, un peu stricts, n'incitant pas à le conserver encore bien longtemps, mais c'est une bouteille plutôt très agréablement fondue.

Noté: la (bonne) surprise de la soirée!

Terra d'Or 2000, Chapoutier, Coteaux d'Aix
L'intrus rouge de la soirée, en provenance du terroir voisin. Sa robe sombre tranche avec celle de son sparring partner! Le premier nez est plutôt violent, sur le vernis à ongles, le dissolvant. La bouche est volumineuse, massive et ample, loin d'être dénuée de charme. Beaucoup de matière, qui s'étire interminablement dans une finale aux tanins croquants, encore un peu sévères. Un vin d'homme, assez viril, mais au potentiel énorme. A attendre, mais avec grand plaisir!

Noté: le gros bras de la soirée, mais un coeur d'or!

Château Romanin 2000, Les Baux de Provence
Robe soutenue, nez fruité, agréable et fondu, auquel on pourrait reprocher un petit manque de vigueur et de personnalité. La bouche est souple, aimable, presque un peu trop pour moi, surtout derrière Terra d'Or. Globalement bien fait, il a du mal à me séduire complètement.

Noté: le préféré de ces dames!

Mas de la Dame 2000, Coin Caché, Les Baux de Provence
Bouchonné! Ce coin-là  le restera définitivement, caché!

Noté: j'suis vraiment caché!

Domaine Hauvette 2000, Les Baux de Provence
Un fruité très mûr saute immédiatement au nez, très plaisant. En bouche, les tanins sont déjà bien arrondis, civilisés, développant un beau volume. L'anti-thèse de celui qui va suivre mais un vrai vin plaisir.

Noté: droit dans le mûr!

Domaine de Trévallon 2000, Vin de Pays des Bouches du Rhône
La « star » attendue de la soirée, et à mon grand soulagement, il n'a pas déçu! Ma première rencontre avec un vin d'Eloi Dürrbach! Les notes finement grillées du nez, témoignant d'un très beau boisé, viennent souligner délicatement les réjouissantes notes fruitées. Classieux et élégant, il révèle en bouche de subtiles notes d'olive noire et de tapenade, qui viennent nous rappeler que l'on est bien aux Baux de Provence, même si ce n'est pas revendiqué. Assemblage Syrah-Cabernet Sauvignon 50/50.

Noté: une star au firmament!

Mas Sainte-Berthe 2001, Cuvée Louis David, Les Baux de Provence
On change radicalement de style avec le dernier rouge de la soirée. Sur les fruits frais, le pamplemousse et les agrumes, agréablement mentholé, il dispense une fraîcheur bienvenue. Et s'il semble moins complexe au premier abord, il n'en procure que plus de plaisir. 35% grenache, 40% Cabernet Sauvignon, 25% Syrah.

Noté: Goliath n'a qu'à bien se tenir!




Les vins de dessert
Avec cette catégorie, on s'éloigne évidemment des Baux. Il fallait faire confiance au Seb pour nous dénicher quelques perles!

Klein Constancia 1990, Vin de Constance
La robe est ambrée. Le nez, sur le raisin croquant, évoque le muscat. Nous partons tous allègrement à Rivesaltes! Son côté légèrement oxydatif qui s'exprime dans des notes de fruits secs ne l'empêche pas de développer une séduisante liqueur, ronde, caressante, enveloppante, qui perdure dans une finale interminable, marquée par des notes de mine de crayon.

Noté: il avait bon goût, Napoléon!

Domaine de la Rectorie, L'oublée, Banyuls Hors d'âge
La robe est ambrée également, plus soutenue, presque cuivrée. Un magnifique rancio emplit le nez et la bouche, appelant (en vain) le Havane. Des arômes envoûtants et un côté très sec, très peu liquoreux, finissent de subjuguer.

Noté: après ça, il n'y a plus qu'à aller se coucher!

Fin de la séance! Encore une bien belle soirée, avec des flacons de haut niveau, tant en blanc qu'en rouge (les liquoreux sont hors concours!), qui viennent nous rappeler que les Baux de Provence est une appellation à ne pas négliger dans ses choix, avec des vins très souvent d'un excellent rapport Q/P. Si vous êtes sages, la prochaine fois, nous testerons également les huiles d'olive!

Olif, pour le GJP


Le Cellier des Templiers, ambassadeur des vins de Banyuls en foire-expo!


Date: le 11/09/2004 à 22:42

Cette vénérable institution qu'est le Cellier des Templiers, à  la force de vente éprouvée, inspirée des méthodes de feu notre Henri Maire jurassien, était bel et bien présente dans le Haut-Doubs à  l'occasion de la Haute foire Gastronomique de Pontarlier. L'occasion d'un petit dépaysement et d'un passage en revue de (presque) toute la gamme.


On attaque par les Collioure, vinifiés de façon parcellaire.

Domaine de La Banette 2001
Totalement fondu et harmonieux, d'une agréable souplesse, il vaut mieux le boire rapidement pour profiter de ses jolis arômes de pruneau.

Château des Abelles 2003
Seulement un mois de bouteille, récolté avec des rendements de 15-20 hl/ha, et déjà , il exprime magnifiquement les caractéristiques de ce millésime 2003 par son côté suave, voluptueux et fruité. Un petit délice!

Abbaye de Valbonne 2002
Sept mois de vieillissement en fût. Si le boisé n'est pas trop marqué, le fruité est moins étincelant et le côté alcooleux ressort. A sa décharge, le vin est probablement servi trop chaud, à  la température régnant sous le vaste chapiteau.

Il est temps de passer aux Banyuls!

Banyuls Grand Cru, Viviane Le Roy 1993
Robe acajou clair, nez marqué rancio, sur les fruits secs et les amandes. La bouche d'abord arrondie en attaque, devient vive très sèche, longue et intense. Il s'agit d'un vin vinifié en sec qui ne me semble pas avoir la puissance et la richesse d'un Palo Cortado, même si mon expérience dans ce domaine n'est pas encore importante.

Banyuls Grand Cru Henri Canis 1994
Il s'agit là  d'un demi-sec. La robe est toujours acajou, mais beaucoup plus soutenue, limite foncée. Beaucoup plus rond, l'équilibre demi-sec le rend également plus harmonieux et accessible.

Banyuls Grand Cru Amiral Vilarem 1996
Il s'agit d'un Grand Cru Rimatge mise tardive. La couleur est pruneau, la bouche un concentré de fruits rouges, cerises, fruits à  noyaus, légèrement kirschée, mais l'alcool passe magistralement.

Banyuls Grand Cru Président Vidal 1993
C'est un doux, à  la couleur tuilée, pruneau, mais encore brillante. Son côté très doux le rend chaleureux et séduisant, avec un beau rancio.

Banyuls Rimatge 2002
Attention, petite bombe de fruits, framboisée, veloutée, caressante et gouleyante, malgré ses 16°. Un vin dangereusement bon! Coup de coeur et superbe rapport Q/P!

Une très belle gamme, malheureusement Hors Commerce, c'est à  dire qu'il faut passer par un agent commercial pour s'en procurer, minimum par caisse de 12 (6 pour les Banyuls). Il est conseillé de se regrouper pour profiter d'un échantillonnage intéressant! Je n'ai pas commandé de petit carton de rosé pour Noël!

Olif

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